mardi 10 décembre 2013

[6] Serpent, Chant, Rencontres et arrivée du Terrible H !





Note : les premiers articles sont en bas du blog, ils ont tous des tailles de mini romans alors bon si vous débarquez seulement maintenant dans ce carnet de voyage et que vous êtes intéressés soyez avertis que cela peut vous prendre un certain temps ^^

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Un grand merci à tous ceux qui envoient régulièrement des nouvelles, quel bonheur ! Et merci à ceux qui réagissent à mes articles, c’est toujours très intéressant et nourrissant de discuter avec vous !!!

Merci pour les cartes postales ! Même celles du Japon et d’Atlanta sont bien arrivées (merci Thierry !)

Merci aussi pour vos prières, les zamis ! =)


Info culturelle : le délai postal entre Nouna (Burkina Faso) et Antananarivo (Madagascar) est d’environ 1 mois pour une simple carte. ERF.


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Bonne lecture, et bon voyage!



Vendredi 22 novembre 2013
Miaaam, du serpent !



Ce soir, on a mangé du serpent à la communauté. Bon, les frères nous disent que c’est du boa, mais je doute que ce soit le vrai nom de l’espèce consommée. Je dois avouer que les côtés « je baigne dans la sauce » et « j’ai gardé ma peau reptilienne qui rappelle que je suis bien un gros serpent tout moche » ça donnait pas envie envie... Mais en fait c’est pas mauvais ! Y a juste pas grand-chose à manger dessus quoi.





Mercredi 27 novembre 2013
Fais des maths dans la vie…



Ce matin, pendant la récré, j’étais dans la cour du collège en train de prendre vaguement le soleil entre deux cours. Et là je vois accourir à toutes jambes un petit bonhomme trop chou (un de mes élèves de 5e, bien sûr !), suivi de deux camarades. [Paniqué] « Madame ! Madame ! Est-ce qu’il y aura la symétrie au devoir cet après-midi ??? » « Bah non, c’est devoir sur les angles aujourd’hui ». [Soulagement total]. Sa camarade, qui le suivait de près : « Madame ô ! Si on fait une droite comme ça et une là ô est-ce que les angles sont alternes-internes ? » Heu… Ben là dit comme ça j’avoue que j’en sais rien du tout parce que tes droites je les vois pas… ERF.

C’est comme ça qu’on se retrouve par terre entourée de trois enfants tellement adorables en train de dessiner sur le sol avec un bâton des angles alternes-internes et correspondants.
Vous ai-je déjà dit que j’étais ultra-fan de mes 5? :p





Samedi 30 novembre 2013
Nouna, entre ville rurale et village urbain ?

Ville ou village ?

Premier week-end depuis… Ben je sais plus quand tiens ! Toussaint ?
J’en ai profité pour aller faire un bon gros tour à vélo dans Nouna.

Nouna. Je ne sais pas comment qualifier cet endroit. Une ville ? Un gros village ?
Les habitations sont à moins de 200m chacune, on pourrait donc dire une ville. Mais une ville « rurale », genre, si ça existe. En fait, je crois que ce qui me donne l’impression que c’est un village, c’est simplement le côté « routes en terre », « troupeaux qui se promènent de partout », « petites maisons » et « absence de grosse infrastructure ».  Voilà.  
Note : la ville est divisée en « secteurs ». Nous on est au secteur 3 (qui est pas mal mais pas hyper sain en saison des pluies à cause des flaques stagnantes).


Bestiaux en liberté

Cela me fait penser que les troupeaux qu’on croise ici sont assez drôles : ce sont des mélanges hétéroclites de bestiaux. L’autre jour j’ai vu un petit garçon - tout petit - mener avec son bâton un troupeau d’une trentaine de têtes, constitué à la fois de zébus, de chèvres, de moutons et d’ânes.

L’âne. C’est pas un animal que je suis habituée à voir souvent, encore moins en « liberté ». Mais ici l’âne c’est THE animal. J’en croise souvent quelques-uns qui trainent dans la rue en allant au collège (même des bébés trop choupinous !!). C’est les ânes qui tirent les petites charrettes. On voit souvent comme ça deux petits ânes attelés à une charrette dans laquelle se trouvent 5-6 enfants. Bref.

Petit tour à vélo

Mon petit tour à vélo m’a amenée à observer un certain nombre de choses. Déjà, je suis allée dans une partie de Nouna que je ne connaissais pas du tout : qu’est-ce que c’est grand ici ! C’est très étalé, en fait, et waou qu’est-ce que c’est grand… J’ai vu toutes sortes de maisons, de la mini case en terre donnant sur la rue, à la maison cachée par un haut mur entourant une propriété immense avec plein d’arbres. Globalement, les maisons sont quand même très simples, en rez-de-chaussée, pratiquement toutes d’architecture locale burkinabè (forme géométrique en genre de terre avec toit plat).

Le bâtiment le plus grand et le plus moderne que j’ai pu voir, vraiment en sortie de ville, il y avait marqué « tribunal de grande instance » dessus. Et plus loin, derrière, il y avait un espace bordé d’un mur immense, avec une tour de guet à côté du portail. Vu la taille et l’aspect, et la proximité avec le tribunal, je me suis dit, sans certitude, que c’était une prison…
Cette info a été confirmée par une source sûre ^^

Le monde des bisounours

Cela fait bizarre, étant donné le très grand calme qui règne ici, de savoir qu’il y a une prison à la sortie de la ville. A force, j’avais presque oublié que le crime existait… Mais sérieux, ici des fois j’ai l’impression d’être dans le monde des bisounours ! On nous a souvent dit « Nouna, c’est une ville où il n’y a pas de voleur », par exemple. Et c’est vrai que jusqu’ici on n’a pas ressenti du tout de climat de méfiance à quelque moment que ce soit. Les gens laissent leurs portes ouvertes, n’attachent jamais leurs vélos (avec quoi, de toute façon ?) ni leur moto, etc. Ça me change de Grenoble ! ^^
La nuit ne fait pas peur du tout, malgré l’absence de lumière. Quand je vais courir au stade (toujours la nuit, en journée il fait vraiment trop chaud), ben je m’inquiète même pas de sortir dans le noir, du tout.

Pileuse de maïs, toubabou, et « vous êtes invitée »

Pendant mon tour à vélo, je suis passée devant une mosquée construite récemment : superbe ! Très aérée (comme notre cathédrale), marron et bleue, toute simple. J’ai vu aussi de nombreuses femmes piler des aliments (du maïs je crois), chose commune à Madagascar aussi. Une en particulier m’a impressionnée : elle lançait son pilon très haut avec une main habile et forte, et le rattrapait dans sa chute pour le guider vers le mortier.

Evidemment j’ai eu droit à de nombreux « Bonsoir » (il était 15h), « Anitlé » (bonjour quand le soleil est déjà haut en dioula) et aux fameux « toubabou ! ». « Toubabou » c’est comme ça que sont appelés les blancs =) on n’a pas encore déterminé si c’est pour tous les blancs ou juste les francophones. C’est le « vazaha » d’ici quoi ! (vazaha c’est la même chose mais à Madagascar). On ne sait pas trop d’où ça vient, mais je trouve drôle l’explication qui dit que ça viendrait du mot « toubib » (docteur), avec les médecins blancs qui passent en Afrique.

Au marché, je suis passée devant un groupe d’hommes assis devant leur boutique, en train de boire le thé. Ils ont fait honneur à la réputation du chaleureux accueil burkinabè en m’invitant à partager leur thé : « vous êtes invitée ! » Heureusement qu’ils mettent beaucoup de sucre parce que punaise qu’est-ce qu’il était fort !






Dimanche 1er décembre 2013
Bonne entrée dans l’Avent en musique!

L’Avent

Allez, on est entrés dans l’Avent (période précédant la grande fête de la Nativité : Noël) ! Hier soir à la messe (anticipée) tout était violet, on ne pouvait pas louper le changement dans le calendrier liturgique haha ! D’ailleurs, je sais pas pourquoi, mais on a aussi changé de chef de chœur pour la chorale hier soir… On s’était habitués à le voir dans sa grande « robe » bleue, face à la chorale, en train de battre la mesure avec ses grandes mains aux longs doigts très fins, ses lèvres serrées par la concentration et sa tête qui dodeline en rythme. Je ne l’ai pas reconnu tout de suite dans ses habits normaux parmi l’assemblée !


«Siya hambé koukanyen kwenko » (= Nous marchons dans la lumière de Dieu en zoulou)

Cet aprem, j’ai profité de l’absence (temporaire !) de copie à corriger / cours à préparer, pour aller rendre une visite musicale (prévue) aux frères, qui étaient seulement deux ce week end. Nous avons répété puis chanté à trois voix le sublime chant zoulou « Siyahamba » (petite dédicace à Etienne et Marc  pour notre trio à St Jo ! Et à Jijo pour l’accompagnement génial au djembé !).

Quelle chance j’ai !!!  En plus de chanter juste, ils ont de très belles voix, riches et profondes. L’un est ténor, l’autre basse, et moi je suis plutôt mezzo-soprano (j’ai un peu baissé dans les graves depuis le lycée… Mais je commence doucement à m’y faire). Donc chacun a appris sa voix, et une fois que tout le monde était à l’aise, on a entonné le chant à trois.

* Emerveillement *

Dans cette petite salle qui faisait caisse de résonnance, on était en train de se rapprocher du divin. C’est pas un accès soudain d’orgueil ou quoi, c’est l’effet que me fait toujours la musique, quels que soient les chanteurs / musiciens, tant qu’ils jouent à peu près juste !
Le chant, la musique, ça fait toujours vibrer mon âme.
Et dès qu’il y a plusieurs voix, c’est… c’est… juste WAAAAAAAAAAAAAAAAA.
Et là, trois belles voix qui s’élèvent et résonnent, ben… WAAAAAAAAAAAAAAAA quoi !!

Quand on s’arrête, on se regarde, tout étonnés d’avoir réussi, ensemble, à créer de la beauté.
Alors, évidemment, on ne peut pas s’empêcher de… recommencer !

Un jour, on trouvera une alto et un djembefola et là… là… ce sera OUFISSIMEMENT DIVIN !



« Quand je regarde autour de moi, je vois Tes œuvres […] Comment ne pas Te louer ? »




Mardi 3 décembre 2013
A la rencontre de l’Autre

Vivre la rencontre

Pour info ou rappel, une des raisons de mon départ en mission était l’envie d’aller à la rencontre de l’Autre, et de rechercher le Christ par cette rencontre. C’est un peu abstrait et difficile à expliquer, il faut déjà avoir suivi un certain cheminement de la foi et de la pensée (il y a un an je n’aurai pas pu le dire comme ça !). Mais grosso modo j’ai réalisé il y a peu que ce qui nous fait vivre, vraiment, ce sont nos rencontres, et nos partages avec l’Autre (notre prochain, notre voisin, notre ami, l’inconnu d’à côté, l’Autre quoi). Et qu’aller à la rencontre de l’Autre, c’est aller à la recherche du Christ (et vice versa), parce qu’aller à la rencontre c’est découvrir chez l’autre tout ce qu’il veut bien nous donner, ses joies comme ses peines, c’est le voir dans toute son humanité (et le Christ est Dieu fait homme…). Bref.


Cette mission est un cadre particulièrement idéal pour faire cela, pour plein de raisons (les conditions de vie locales, le travail avec les gens ici, l’état d’esprit du départ et de la découverte, l’interculturel, etc.)  Je rencontre plein de gens, je partage avec eux des choses simples et pourtant réjouissantes. Et, je dois avouer que cela ne m’était pas arrivé depuis longtemps… Le plaisir d’un simple thé partagé, de quelques salutations souriantes, l’attente d’une réponse à la question « ça va ? », je trouve facile de les oublier dans le monde occidental qui court sans cesse, s’affole et fonctionne beaucoup à la performance et la rentabilité (est-ce que j’ai le droit de dire ça en tant que future diplômée d’une branche qui cherche « l’optimisation des performances de l’entreprise » ? ^^)


Des rencontres formidables

Déjà, bien sûr, il y a les gens du collège : les élèves, les collègues enseignants, Marie notre super secrétaire. Avec eux on partage beaucoup, et de tout : le savoir, les difficultés, l’apprentissage, les petites blessures, la pression, le stress, le travail, les petites joies, les rires, etc.

Ensuite il y a tous les gens qu’on croise souvent, plus ou moins proches : les frères ; Karim, propriétaire du maquis le Vis-à-vis, qui connait tous les coopérants qui sont passés depuis des années ; la dame au coin de la rue qui vend des pastèques et des bananes que je salue tous les matins/midis/soirs et qui me répond en dioula un tas de trucs que je ne comprends jamais ; Ousmane, le peul (une ethnie d’Afrique de l’ouest, dont les membres sont généralement éleveurs) qui vient nous vendre des yaourts frais ; Adama, un élève de l’école d’électronique/électricité du secteur 3 qui vient faire son jogging nocturne au stade tous les soirs après ses cours ; les enfants de l’école du stade, etc.

Ma dernière grande rencontre était avec Idrissa. Cet homme est incroyable. C’est un autodidacte en dessin et travail du bois, très cultivé, d’une générosité impressionante. Quelle belle rencontre ! J’ai hâte de retourner le voir !





Mercredi 4 décembre 2013
Terrible journée

Le foot

Bon, évidemment, le sporE na-TIO-nal c’est le foot. Ce matin j’ai pu assister à un match 5ème VS 6ème. C’était très impressionnant ! Les gamins sont pieds nus pour la plupart, ils ont une vitesse et une solidité incroyables ! Je m’étais dit en début d’année, naïvement, que s’il y avait des matches profs VS élèves j’étais prête à mettre de côté mon manque d’intérêt pour les sports de ballon et participer.
Ben après avoir vu ça j’ai changé d’avis : JAMAIS je ne jouerai contre eux.
Non non non non non. Ils me font beaucoup trop peur.



IL est arrivé !!!

Celui qu’on attendait avec grande appréhension, qui ne devait pas arriver avant janvier normalement, IL est là. Le terrible Harmattan. Ça y est, je l’ai découvert ! Et il est vraiment spécial.

Ce n’est pas un vent super fort ou violent genre tornade. Il y a de temps en temps des bourrasques c’est vrai, mais c’est tout. Il n’est ni chaud ni froid, on dirait presque une brise, c’est presque agréable. Mais…

Mais à 14h il fait sombre comme s’il était 17h. Le ciel est obscurcit par… un nuage de poussière. Et c’est vraiment bizarre. Le ciel a une couleur marron, on sent la lourdeur des particules dans l’air. Et quand on respire ! On se sent aspirer la poussière ! Elle entre dans la bouche et laisse un goût âpre de sécheresse avant de s’enfoncer dans la gorge. Et c’est pire que comme si on avait couru un marathon sous un soleil du midi en été : il fait sec dans notre bouche, dans notre gorge, même déglutir ne fait pas passer la sensation. C’est comme « avaler du sec », et c’est franchement bizarre, et peu agréable.

Pour le moment je n’ai pas encore eu droit aux effets secondaires (et espérons que je ne les connaitrais jamais, Inch’Allah !), à savoir les maladies de la gorge, la sècheresse de la peau et les crevasses qui vont avec, ainsi que la fissure des lèvres.

Les gens ici ont sorti leurs masques. Et on va pas tarder à être obligés de se pommader. YOUHOU.

Pauvres 2ndeC

Ils ont vraiment pas de bol ces gosses. Déjà, ils m’ont comme prof HAHA. Ensuite ils ont plein de lacunes qui les font galérer dans cette classe. Enfin, ce soir ils étaient en composition de mathématiques (grosse épreuve de fin de trimestre), et… Il y a eu une coupure de courant alors qu’il faisait nuit noire dehors.

C’était trop irréel, cette fin de composition !! On était dans le noir complet, avec les quelques lumières bleutées des téléphones allumés, tout le monde était un peu paumé mais essayait quand même de finir le sujet, les élèves étaient pratiquement quatre par table pour partager le faible éclairage des cellulaires de leurs voisins… N’IMPORTE QUOI ! Et comment je vais faire, moi, pour noter, maintenant ? ^^ Ils ont vraiment pas de bol, ces gosses, j’vous dis.


***


Sur ce, je retourne à la correction de mes quelques 200 copies.




Des bisous de Nouna, et à une prochaine pour la suite !
Avec toute mon amitié et ma prière !




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